Association des Familles des victimes
du 26 Mars 1962
et de leurs Alliés
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Les témoignages sur la journée du 26 mars 1962 à Alger, rue d'Isly

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les civils

MADAME BENOIS ET D'ANNE-MARIE GERARDIN, SA FILLE

Madame Benois et sa fille, alors âgée de 19 ans, se sont enfuies vers la Place Bugeaud dès le début de la fusillade.

Le 26 mars 1962, nous nous sommes rendues la manifestation en faveur des habitants de Bab-El-Oued. Nous étions accompagnées de notre fils et jeune frère Pierre et d'un de ses camarades, tous deux âgés de seize ans. Nous voulions simplement montrer notre sympathie ces pauvres gens assiégés qui ne pouvaient même plus enterrer leurs morts. Venant de notre domicile, rue Meissonnier, nous sommes passés par la rue Michelet. Les "barrages" militaires que nous avons rencontrés n'étaient pas de vrais barrages, ils n'ont rien fait pour nous interdire d'aller plus loin. Nous nous sommes donc trouvés place de la Poste un bon moment avant 15 h, heure prévue pour la manifestation. Pierre insistait pour que nous restions l jusqu' 15 h, nous ne l'avons pas écouté, heureusement. Le cortège s'était déj ébranlé et nous y avons pris place. Nous tenons en témoigner, la manifestation était absolument pacifique, la foule était très calme, on n'entendait aucun slogan. Personne n'était armé, nous en sommes sûres. A l'entrée de la rue d'Isly, nous avons remarqué un groupe de militaires musulmans d'allure effrayante. Anne-Marie : J'étais inquiète et j'ai demandé l'un de ces soldats la permission de passer. Il m'a répondu : "Ti passes, ti passes, dépêche-toi!" Il me semble que j'entends encore sa voix. Nous étions arrivés en face du Bon Marché quand la fusillade a éclaté derrière nous. Nous avons couru et nous avons perdu les garçons. Anne-Marie : Ma mère est tombée et s'est légèrement blessée au genou. Moi, j'ai perdu mes chaussures. Je les ai d'ailleurs retrouvées au retour. Nous sommes arrivées la caserne Bugeaud. Avec d'autres personnes nous avons demandé aux militaires d'ouvrir les portes pour nous mettre l'abri. Ils ont refusé de nous accorder ce secours. Nous nous sommes réfugiées rue Mogador dans un couloir. Nous sommes ensuite retournées rue d'Isly où nous avons retrouvé Pierre. Son petit camarade s'était trouvé près de la guérite de la caserne, cherchant un asile. La sentinelle l'avait pris en pitié et lui avait dit : "Cache-toi ici, mais dépêche-toi, je n'ai pas le droit de t'aider." Nous avons marché rue d'Isly au milieu des blessés, des morts, du sang. Un médecin nous a parlé un instant de l'horreur de ce qu'il découvrait. Madame Benois : Nous sommes allés chez ma soeur, 47, rue d'Isly, au dernier étage. De l , nous regardions la rue.