Association des Familles des victimes
du 26 Mars 1962
et de leurs Alliés
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LA FUSILLADE DE LA RUE D'ISLY COMMENTEE PAR LA PRESSE ETRANGERE

Nous n'avons pas voulu ajouter nos commentaires aux extraits de la presse étrangère préférant ainsi que chacun fasse sa propre analyse.

Daily Express

35 morts : les journalistes assistent à la boucherie dans la rue - 15 minutes de massacre ! Des soldats fauchent la foule française.

"Des soldats de l'armée française aujourd'hui ouvrirent le feu à l'arme automatique sur 5000 européens et européennes qui marchaient dans Alger en brandissant des drapeaux tricolores et en chantant la Marseillaise

Beaucoup de ces gens s'écroulèrent les jambes brisées par les balles. Les femmes en criant se précipitaient sous les voiture en stationnement ou passaient au travers des vitrines de magasins pour fuir le tir fauchant. Une jeune fille tombe, le bras presque arraché et ses sandales glissent dans le caniveau.

Dans l'entrée d'un magasin sont recroquevillés deux hommes tenant un drapeau français. Cela ne les sauva point. Un soldat les tua à bout portant.

Durant 15 minutes les troupes maintinrent le feu. Elles tuèrent 35 personnes et beaucoup des 130 blessés mourront avant demain. Nous étions protégés des balles par le mur humain de la foule qui nous entourait.

Quelques instants avant que le carnage ne débute, les Européens riaient et serraient les mains des soldats casqués qui allaient les faucher. Ces soldats étaient des musulmans algériens appelés à servir dans l'armée française dans des unités mixtes, à côté de militaires français du contingent...

... L'O.A.S. avait distribué des tracts... La foule animée, drapeaux au vent, et chantant se dirigea vers la droite, jusqu'à la ligne de militaires. Un autre défilé venait par derrière, d'une autre rue perpendiculaire.

Durant quelques temps les soldats hésitèrent, alors un officier cria : "Fermez les rangs". Soudain il y eut un second ordre, un témoin visuel dit qu'il fut donné par un officier français. Il y eut un coup de feu bref suivi de deux autres coups. Alors ce fut le crépitement des mitrailleuses, les soldats affolés, croyant qu'ils étaient débordés tiraient devant eux. Tapage infernal.

Dans une rue qui n'offrait aucun abri, hommes et femmes fuyaient en criant. Les balles les frappaient dans le dos. Certains essayèrent de tourner au coin de la rue mais d'autres mitraillettes les attendaient alors.

Depuis deux autres rues transversales, les troupes ouvrirent aussi le feu alors que la foule se précipitait à travers les devantures des magasins et les entrées de maisons : aucun endroit où fuir. Mais quelques fois, ils couraient droit sur les fusils des soldats.

Les officiers hurlaient le cessez-le-feu mais leurs hommes ne les écoutaient pas et le tir continuait.

Quand il stoppa finalement, une jeune fille tenant un drapeau tricolore teinté de sang en recouvrit deux hommes tués dans l'entrée d'un magasin. Elle pleurait et dit : "Maintenant nous en avons réellement fini avec la France". Comme pour souligner ces mots, un prêtre portant un brassard de la croix rouge, allait seul et hagard, se baissant tous les cinq pas pour réconforter les mourants.

Des civils se penchèrent aux fenêtres en agitant des mouchoirs blancs vers les soldats nerveux..."

The Times

Les troupes tirent sur la foule à Alger - 50 tués et 150 blessés parmi les manifestants

L'intervention de l'armée en Algérie contre l'O.A.S. (Organisation de l'Armée Secrète) a subi un désastreux échec aujourd'hui, quand une compagnie nerveuse et harassée composée principalement de troupes indigènes d'un régiment de tirailleurs algériens a ouvert le feu, en plein coeur d'Alger, sur un cortège de civils européens, en tuant au moins 50, dont de nombreuses femmes et enfants, et en blessant quelques 150 autres.

A la fois l'O.A.S. - pour avoir appelé à manifester - et les autorités françaises - pour avoir placé une patrouille à prédominance indigène sur le chemin de la manifestation que d'autres troupes avaient déjà laissée passer sans intervenir - doivent porter également la responsabilité de cet événement, avec comme résultat possible une guerre civile généralisée. Déjà, dans la soirée, en moins d'une heure, 11 musulmans ont été abattus dans des attaques de terroristes européens.

On ne peut établir exactement comment la fusillade a commencé, même chez ceux qui ont échappé dans la panique générale. Cependant l'action peut être retracée comme suit : une manifestation européenne, déclenchée par l'O.A.S. pour protester contre le siège de Bab-El-Oued par l'armée avait été formellement interdite et le préfet de police avait lancé l'avertissement que "dans son caractère insurrectionnel évident", elle serait dispersée.

Lâcher de gaz lacrymogènes - Néanmoins peu après deux heures de I'après midi plusieurs milliers de personnes avaient déjà descendu l'élégante rue Michelet et la rue d'Isly en chantant la Marseillaise. Ils avaient passé plusieurs barrages de troupes et ils arrivèrent face à un barrage de police sur le square Bresson. Trois hélicoptères lâchèrent des grenades lacrymogènes et la tête du cortège s'égailla et se replia.

Environ un mille (1 609 m) derrière, un groupe de retardataires d'environ mille personnes arrivait à la grande poste, où deux lignes d'indigènes et d'Européens, militaires de carrière et du contingent, étaient placées, en travers de la rue, pour barrer le chemin. Les musulmans fortement armés étaient nerveux alors que les civils européens les bousculaient en débordant leurs lignes. Soudain on entendit des coups de feu apparemment tirés par des civils depuis des balcons.

Les militaires, les uns sur le côté de la rue, les autres au milieu, ouvrirent le feu à bout portant, avec une mitrailleuse, à la mitraillette et au fusil automatique. II semble que certains ont tiré en l'air car des câbles de trolleybus ont été sectionnés, mais les musulmans ont tiré dans la foule...

"Naturellement, les Européens sont indignés par la fusillade et il semble tout à fait impossible désormais de les persuader de toute garantie à Alger sous la police de troupes musulmanes. Les autorités insistent sur le fait que des tireur isolés de l'O.A.S. ont ouvert le feu les premiers aujourd'hui, une fois même sur un hélicoptère de patrouille et déclarent qu'un policier a été tué et quatre soldats blessés, dont trois d'entre eux gravement, sur le site de la fusillade, rue d'Isly. Quoiqu'on ait entendu ici beaucoup de tirs isolés, il n'y a eu aucun signe de perte chez les militaires immédiatement après. Ce qu'il y a d'effrayant c'est l'erreur de jugement d'avoir placé des troupes musulmanes en un tel endroit, alors qu'elles étaient restées sans dormir pendant peut être deux nuits...

New-York Times

50 civils tués à Alger alors que la troupe tire sur la foule"- Jouhaud est arrêté à Oran - La manifestation est arrêtée - Les Européens en marche pour casser le cordon autour de la citadelle droitière (Henri Tanner, envoyé spécial du New-York Times)

Au moins cinquante civils français ont été tués et environ 150 blessés dans le centre d'Alger, alors que les militaires français se heurtaient aux manifestants européens. Les docteurs du principal hôpital de la ville déclarent qu'environ quarante parmi les blessés succomberont probablement. Ils disent que les victimes comportent de nombreuses femmes et plusieurs enfants. C'est une des journées les plus sanglantes qu'Alger ait vues en sept ans de guerre et sept jours de cessez le feu...

"Les premiers coups de feu claquèrent peu de temps après que les meneurs de la manifestation portant des drapeaux français et chantant la Marseillaise aient forcé une simple ligne d'appelés du contingent, à l'entrée de la rue d'Isly, une artère principale.

" On pouvait voir les soldats tirer dans la foule à bout portant, au fusil automatique et à la mitraillette. Des mitrailleuses qui avaient été placées sur les trottoirs ouvrirent également le feu. Plus tard, des médecins déclarèrent que beaucoup des victimes avaient été frappées dans le dos.

Plusieurs soldats ont vidé entièrement le chargeur de leur fusil. Sur toute la largeur de la rue, les manifestants que l'on avait vu debout ou marchant côte à côte, tombaient à terre en griffant l'air ou en se raccrochant les uns aux autres. Quand la fusillade cessa, la rue était jonchée de corps, de femmes ainsi que d'hommes, blessés ou mourants. La chaussée noire paraissait gris pâle, comme décolorée par le feu. Des drapeaux français froissés nageaient dans des mares de sang. Des débris de verre et des douilles vides étaient répandus partout.

Dailly Telegraph

Personne ne semble savoir qui a tiré le premier coup de feu. Le seul fait certain est qu'il n'est pas venu des manifestants

Avant que les troupes ouvrent le feu, quelques trois mille manifestants avaient passé devant elles sans résistance le long de la rue d'Isly en direction de Bab-El-Oued. Puis un officier donna un ordre aux troupes et s'adressa au premier rang de la foule qui avançait. Les manifestants qui l'entendirent crièrent des protestations mais s'arrêtèrent. Alors quelques-uns reprirent leur marche. Les soldats, une vingtaine appartenant à un régiment d'infanterie mixte franco musulman, se rapprochèrent, épaule contre épaule, en travers de la rue. Comme la foule avançait encore, ils ouvrirent le feu.